Procès de Désiré Munyaneza à Montréal/ Désiré Munyaneza’s trial in Montreal

Un important procès relié au génocide rwandais est présentement en cours contre Désiré Munyaneza (voir photo) à Montréal (Québec). Il s’agit du premier procès pour crime de guerre à avoir lieu en territoire canadien, ce qui attire des dizaines de journalistes, dont certains proviennent de France, des États-Unis et d’Allemagne. Selon AfriqueCentrale.info:

L’accusation a l’intention de démontrer que Désiré Munyaneza a “soit participé, soit aidé ou encouragé des meurtres, de la violence sexuelle ou du pillage avec l’intention et la conscience de détruire la population tutsie dans le cadre d’un conflit armé”, a déclaré la procureur, Pascale Ledoux.

La Presse de Montréal nous parle du dernier témoignage:

[…] une jeune femme tutsie a raconté, mardi, dans quelles circonstances son chemin avait croisé celui de Munyaneza qui s’était constitué milicien volontaire en avril 1994.

Cette jeune femme dont l’identité est scrupuleusement protégée, pour sa propre sécurité, vit toujours au Rwanda. Ses malheurs ont commencé le 6 avril 1994, à la suite de l’écrasement de l’avion du président, Juvénal Habyarimana.

Sa maison a été brûlée. Avec d’autres, elle s’est cachée pour échapper aux tirs de soldats. Dans les fossés, elle a vu le corps de nombreux Tutsis. Après une quête vaine d’un lieu sûr, son petit groupe trouve refuge à la préfecture. Elle y est restée environ un mois.

C’est durant cette période qu’elle a connu Désiré Munyaneza, le fils d’un commerçant aisé de Butare, dans le sud du Rwanda. Il y est venu un jour et a intimé l’ordre à quatre hommes, une femme et deux filles, dont elle, de monter dans la partie arrière d’un camion. Il surveillait pour que personne ne s’échappe. À l’arrivée dans le bois près de l’Institut de recherche scientifique, les gens placés en cercle ont été abattus à tour de rôle à coups de machettes. Voyant son voisin s’écrouler, elle s’est écrasée au sol inconsciente. Elle a constaté que les morts étaient poussés dans un fossé. Elle a fait la morte jusqu’au moment où elle a plus entendu de bruit.

La procureure de la Couronne, Pascale Ledoux, a alors cherché à savoir ce qu’avait fait l’accusé au cours de cet épisode. Il avait une arme, portait des vêtements militaires et ordonnait aux gens qui l’entouraient de tuer et de faire en sorte que personne ne s’échappe.

Le témoin a indiqué avoir aperçu, à son retour à la préfecture, une fille qui avait également été épargnée.

Désiré Munyaneza est revenu. Cette fois, il a choisi quatre hommes âgés et les a amenés à proximité. Avec ses amis Shalom et Ntakujehjeka, ils ont saisi les hommes par les jambes et leur ont frappé la tête au sol, jusqu’à éclatement. Des civils qui assistaient à la scène ont participé à l’opération.

Désiré et ses deux amis sont revenus à la préfecture, cette fois pour prendre des filles avec eux. Shalom a pris Epiphania, Désiré a pris Alphonsina tandis que Ntakujehjeka l’a choisie. Amenée comme les deux autres filles dans un building pas très loin, le témoin a dit que son ravisseur lui avait ordonné de s’étendre et l’avait violée. Elle a dit qu’elle n’avait pas eu le choix. Ses deux compagnes d’infortune sont décédées après la guerre.

Le même stratagème s’est répété peu après avec la même Alphonsina et deux autres filles, Qualita et Fifi, qui sont également mortes après la guerre.

En fin de journée, mardi, Me Ledoux a demandé au juge André Denis de la Cour supérieure de poursuivre mercredi l’interrogatoire du témoin à huis clos, sans même la présence des médias, parce que les questions qu’elle entend poser sur le lieu d’origine du témoin, par exemple, pourraient aider à l’identifier. On sait que des témoins au Tribunal pénal international sur le Rwanda ont été victimes de représailles.

Plusieurs précautions sont prises. Le témoin entre dans la salle avant que le public soit admis et ne sort qu’une fois la salle vide. Il témoigne derrière un paravent. Seuls l’accusé, les avocats, le juge et les interprètes voient son visage.

Ce témoin ne devait commencer son témoignage que dans quelques jours, mais a pris la relève du témoin précédent, une autre femme, en raison des malaises ressentis au cours de son témoignage de lundi qui l’ont forcée à se rendre à l’hôpital. Cette dernière avait tout de même eu le temps de dire qu’elle avait vu l’accusé Désiré Munyaneza tuer un garçon à coups de bâton et entrer dans un hôtel de passe où des femmes étaient violées pendant le génocide des Tutsis au Rwanda. Elle reviendra compléter son récit.

Au départ, le procès qui n’avait pas été précédé d’une enquête préliminaire devait se tenir en français et en présence d’un jury. Il se tient finalement en anglais et en kinyarwanda devant un juge seul.

Pour ce qui est de l’accusé, il est arrivé au Canada en 1997. La Commission de l’immigration et du statut de réfugié a refusé sa demande d’asile en raison de son rôle présumé dans le génocide, notamment des viols et pillages.

Il a été arrêté par des agents de la GRC en octobre 2005 dans la banlieue de Toronto où il vivait avec sa femme et ses deux enfants. Il est détenu dans une prison à Montréal depuis ce temps.

An important trial, linked the Rwandan genocide, is currently taking place in Montreal (Quebec) and Désiré MunyanezaDésiré Munyaneza (see picture) is the accused. According to the CBC:

Munyaneza is the first person to be charged under Canada’s new Crimes Against Humanity and War Crimes Act, which became law in 2000. He will be sentenced to life in prison if convicted.

Munyaneza, 40, faces seven charges:

* Two counts of genocide.
* Two counts of crimes against humanity.
* Three counts of war crimes.

Therefore, this trial attracts journalists (link in french) from around the world.

The CBC gives the details of the last witness gave at this trial:

A Rwandan woman testifying at the first war crimes trial in Canadian history told a Montreal court Monday she smeared the blood of her sister on her forehead and pretended to be dead for three days to stay safe.

She said she and her sister left their home for the local school by order of the Hutus. The attacks began at the school, she said.

The woman said she was slashed on the forehead with a machete while trying to escape. She fell and lost consciousness, she said.

She woke up lying on top of her dead sister, she said. She smeared her sister’s blood on herself and spent the next three days pretending to be dead, the woman said.

When she finally left the school, she had to step on bodies to get out because there was no open space on the floor, the woman testified.

She told the court she was one of two survivors among 3,000 people.

The Crown’s witness list includes Senator Romeo Dallaire, who led United Nations peacekeepers in Rwanda during the genocide.

An appeal is likely whatever the trial’s outcome and the case is expected to end up at the Supreme Court of Canada.

Munyaneza came to Canada in 1996 and claimed refugee status, but was turned down. He moved to Toronto, where he was living with his wife and two children at the time of his arrest in October 2005.

Gerald Caplan, a leading authority on the Rwandan genocide, told CBC News that holding the trial sends an important message to the international community: There is no impunity for those accused of committing crimes in other countries.

“You want to flee to Canada and make a claim here or think you can disappear here, [but] you can never again be sure that the Canadian courts won’t clamp down on you,” Caplan said.

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