Ceuta et la paranoïa islamiste/ Ceuta and the islamist paranoia

(Lien en français/ link in french)

Here is an article from the french paper, the Figaro, adressing the issu of the irlsmiste prescne in the small spaish enclave of Ceuta in Morocco.

Un article du Figaro qui traite de l’enclave espagnole de Ceuta et du débat autour de la présence d’un groupe islamiste:

Dans cette enclave européenne en territoire marocain, la pauvreté nourrit la tentation islamiste. Reportage (DIANE CAMBON).

 

CE N’EST pas tout à fait l’Espagne ni non plus le Maroc. Comme Melilla, l’autre enclave espagnole sur la côte marocaine, Ceuta est à cheval entre la culture islamique et chrétienne. Territoire lilliputien de 17 kilomètres carrés, la ville espagnole est revendiquée par Rabat de longue date. Aujourd’hui la revendication est montée d’un cran. Le numéro deux d’al-Qaida, Ayman Al-Zawahiri, considère Ceuta comme l’un des « territoires occupés », à récupérer au même titre que Jérusalem ou Al – Andalous (l’Andalousie).

 

À Madrid, on prend très au sérieux cette menace de la nébuleuse d’Oussama Ben Laden. Mais à Ceuta, les autorités locales cherchent plutôt à la minimiser. Elles vantent la cohabitation entre les deux cultures et personne n’ose affirmer haut et fort qu’à Ceuta, on parle de « cristianos » et « moros » (chrétiens et maures) pour différencier la population. Enfin, tout le monde banalise l’opération policière « Duna » du 12 décembre, dans le quartier musulman « Principe ». Un coup de filet orchestré par 300 policiers venus de la péninsule et au cours duquel 11 islamistes présumés ont été arrêtés (quatre ont été remis, depuis, en liberté).

 

Lors des saisies, les forces de l’ordre ont retrouvé du matériel de propagande signé al-Qaida, une grande quantité d’argent et des faux papiers. « Ces arrestations sont une farce, elles sont uniquement de la gesticulation de la part des forces de l’ordre », lance Yamila, une Espagnole musulmane, membre de l’association du quartier El Principe.

 

Comme la plupart des 15 000 habitants de cette modeste zone, Yamila a été choquée par l’opération policière : « Avant, on nous reprochait de ne pas être assez patriotique avec l’État espagnol, aujourd’hui on nous suspecte d’adhérer aux thèses islamistes », s’insurge-t-elle. Et d’ajouter : « À force de nous stigmatiser, certains vont finir par croire qu’ils sont de véritables islamistes. » Ici, dans ce dédale de rues, récemment asphaltées à l’occasion des municipales du 28 mai, remportées haut la main par les conservateurs du Parti populaire, la culture musulmane domine. On compte une trentaine de mosquées, des teterias (salon de thé) et la grande majorité des femmes portent le voile.

 

Seuls deux « chrétiens » y vivent encore : le facteur à la retraite et le frère franciscain Diego Diez, dont la principale mission est de servir 700 repas quotidien aux plus démunis du quartier. Ancien bidonville, peuplé par des Marocains engagés dans les troupes franquistes en 19 36, le quartier est devenu une médina colorée, composée de 4 000 logements construits anarchiquement par les descendants des combattants.

 

L’argent de la drogue

 

« Ici, vous faites tout vous même. Il n’y a aucune aide de l’État. Si vous avez de l’argent, vous avez l’eau courante, sinon, vous restez avec votre toit ondulé », ironise Mohamed, 21 ans. Sur cinq mètres, le contraste est frappant entre les belle maisons, recouvertes d’« azulejos » (faïence) et les cabanes décrépies, à flanc de colline.

 

Longtemps, l’argent de la drogue a permis de mettre sur pied les plus belles demeures. « Il y a encore une petite dizaine d’années, vous pouviez gagner 1 800 euros en une nuit en traversant le détroit de Gibraltar avec une cargaison de haschisch », commente un habitant du quartier. « Aujourd’hui, c’est trop dangereux et les Marocains le font pour à peine 400 euros », dit-il. Le renforcement des contrôles, avec la mise en place de détecteurs électroniques pour repérer les « pateras » (barques) chargées d’immigrés, rend désormais plus difficile la traversée du détroit.

 

Du coup, la pauvreté a gagné du terrain. Ceuta détient le taux de chômage le plus élevé d’Espagne, soit 35 % de la population, dont la grande majorité est de confession musulmane. L’échec scolaire (seulement 4 étudiants musulmans sur 1 000 poursuivent des études) et la marginalité ne font qu’empirer. Autant d’ingrédients qui prédisposent ce quartier a être une poudrière, selon des membres de l’association locale.

 

« Citoyens de seconde zone »

 

« Regardez, comme on vit. Les bennes à ordures ne viennent pas et il n’y a pas d’éclairage public alors que l’on paye aussi nos impôts locaux ! Si la mèche islamiste s’enflamme, il ne faudra pas s’étonner », fait remarquer un habitant, qui souhaite conserver son anonymat. « Nous sommes considérés comme des citoyens de seconde zone alors que nous avons la carte d’identité espagnole », commente Mohamed du parti Union démocratique de Ceuta (UCD). Crée en 2003, ce parti constitué d’Espagnols musulmans et rattaché à la Gauche unie, peut se targuer d’avoir obtenu aux dernières élections quatre députés, soit le double des socialistes du PSOE.

 

Le député Mohamed Mustafa se défend d’appartenir à un parti fait pour les musulmans et s’insurge contre ceux qui essayent de les assimiler aux courants islamistes : « Nous sommes les seuls à nous préoccuper des inégalités sociales à Ceuta et il se trouve que le collectif le plus touché est celui des Espagnols de confession musulmane. » Les Espagnols musulmans représentent désormais près de 38 % de la population locale, un nombre qui ne cesse d’augmenter même si leur représentation dans les institutions locales est encore modeste. Les adhérents de l’UCD militent pour que le quartier El Principe, perché sur sa colline, soit desservi par deux lignes d’autobus, pour que les enfants puissent jouer dans des squares comme ceux du centre ville et pour que le trafic de la frontière ne les affecte plus…

 

En contrebas se situe la porte d’entrée de l’Union européenne en Afrique, le poste frontière d’El Tarajal. Il est ouvert 24 heures sur 24 et des milliers de Marocains y défilent chaque jour. En avril, la Garde civile a sollicité des renforts de Madrid. « Malgré la sécurité, cette frontière est totalement perméable. On ne peut pas fouiller sous chaque djellaba et vider toutes les voitures chargées de marchandises », commente avec lassitude un policier posté à la frontière. Une centaine de personnes tentent de forcer le passage, le dos courbé sous leurs paquets.

 

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