Les convoitises pour l’uranium sèment la pagaille au Niger/ Longings for Niger’s uranium bring disorder in the country

(Links in french/ liens en français)

The exploitation of uranium in Niger brings problems that go beyond the basic risks ofArlit exploiting a dangerous mineral. Areva is accused by Niger to push the Tuareg rebellion in the north of the country in order to keep its privileges over the exploitation of uranium in that part of the country. Niger also accuses Libya to stir up rebellion as Tripoli also has an eye on the uranium. (See Courrier International, in french)

Il semble que l’uranium du Niger devient un enjeu qui dépasse les uniques conséquences liées à l’exploitation d’un minerai dangereux.

Courrier International :

L’affaire Areva ou la fin du monopole français sur l’uranium nigérien
Le groupe industriel français est accusé par le gouvernement nigérien d’entretenir la rébellion nordiste pour garder le contrôle de l’exploitation de l’uranium. L’affaire éclate à un moment où le Niger se tourne vers d’autres partenaires comme la Chine et le Canada.

Le Niger combat, depuis février 2007, une rébellion menée par le Mouvement des Nigériens pour la justice (MNJ) dans le nord du pays. Le MNJ se présente comme le défenseur de la cause des nomades touaregs, qui seraient persécutés par les gouvernements “sudistes” qui se succèdent à Niamey. “Certains actes, comme la pose de mines par ces groupes armés, n’ont en réalité rien d’une stratégie défensive, mais s’inscrivent dans la logique de leurs commanditaires visant à empêcher les recherches et l’exploitation de nos ressources minières”, s’insurge le président, Mamadou Tandja.

Qui se cache derrière les rebelles pour faire pression sur l’Etat nigérien ? Niamey désigne la Libye voisine. Tripoli est accusé de vouloir mettre la main sur les richesses minières du Niger. Le ministre libyen des Affaires étrangères a récemment fait parvenir à son homologue de Niamey une lettre revendiquant une vaste partie du Nord-Est nigérien, riche en uranium et, dit-on, en pétrole. Niamey accuse aussi ouvertement le groupe français Areva de soutenir la rébellion. Le directeur général d’Areva [Dominique Pin] a d’ailleurs été expulsé du Niger en juillet. Cette expulsion survient après celle de l’expert en sécurité d’Areva et la suspension sur le territoire nigérien de la diffusion de Radio France Internationale.

Areva, numéro un mondial du nucléaire civil, exploite l’uranium nigérien depuis quarante ans. Le pays est le 5e producteur mondial de ce minerai. Deuxième employeur au Niger, juste après l’Etat, Areva achetait au Niger le kilogramme d’uranium à 27 300 francs CFA [41 euros], largement en dessous des prix du marché, qui se situent à 122 000 francs CFA le kilo [186 euros]. Ce marché de dupes remonte aux accords de défense de 1961, passés entre la France et certains pays d’Afrique de l’Ouest, dont le Niger. D’un côté, l’ancienne puissance coloniale garantit la sécurité et la stabilité. En échange, ces pays lui réservent la primauté sur leurs ressources minières. L’uranium nigérien est une survivance de ce pacte colonial.

Mais aujourd’hui le Niger, qui n’a pas, depuis quarante ans, tiré profit de l’exploitation de ce minerai précieux, pense sérieusement à s’émanciper de la tutelle de la France. Profitant de la récente remontée des cours de l’uranium, Niamey a délivré des permis de recherche et d’exploitation à des entreprises chinoises et canadiennes. Mettant ainsi fin à la chasse gardée de la France. Les Français auraient-ils alors suscité, avec Areva, la rébellion du MNJ pour faire pression sur le gouvernement nigérien, dans l’espoir de conserver leur monopole ? Le Niger l’affirme.

L’affaire est délicate et stratégique. L’Hexagone a absolument besoin de cet uranium pour produire l’énergie qui permet d’éclairer les villes françaises. Nicolas Sarkozy, qui pérorait pendant la campagne présidentielle française que la France n’avait pas besoin de l’Afrique, est rattrapé par une réalité qui n’a jamais échappé à ses prédécesseurs. Il a choisi de calmer le jeu. Il vient de dépêcher à Niamey son ministre de la Coopération, Jean-Marie Bockel. Au terme de cette visite, Areva s’est engagé à relever le prix du kilo d’uranium à 40 000 francs CFA [61 euros]. Areva versera en outre un acompte de 15 milliards de francs CFA [23 millions d’euros] à l’Etat nigérien sur les dividendes qu’il attend, et lui livrera 300 tonnes d’uranium que le Niger vendra sur le marché international. Mais cette offre est encore loin des standards du marché. Areva et la France vont devoir se remuer face à la libre concurrence.
Ambroise Ebonda
Le Messager

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