Les menaces de déportations contre les Guinéens ne cessent de croître

Depuis plusieurs mois, les refus de demandes d’asiles de Guinéens arrivés au Canada sous motifs d’ordre humanitaire ne cessent de croitre. Et pourtant, le contexte politique en Guinée est toujours aussi répressif. Sous menace de déportations, les Guinéens établis à Montréal s’organisent pour lancer une campagne de mobilisation pour faire valoir leurs droits et demander l’accès au statut de réfugiés. Dans cette entrevue, Mohamed Barry, accompagné de Mostafa Henaway du Centre des travailleurs et travailleuses immigrants, abordent ensemble le contexte des réfugiés guinéens, les liens économiques entre le Canada et la Guinée, ainsi que le deux poids, deux mesures entre les promesses du gouvernement Trudeau et la réalité des demandeurs d’asile.

 

Une manifestation en faveur de la campagne d’accès au statut de réfugiés, aura lieu le mercredi 28 juin à 17h30 au Métro Guy Favreau.

Communiqué de presse de la campagne 

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Mamadou Sylla, président “honoraire” de Guinée/ Mamadou Sylla, “honorary” President of Guinea

(Lien en anglais/ link in english)

Friendsofguinea nous indique que Lansana Conté vient de nommer Mamadou Sylla comme président du PUP, le parti au pouvoir. C’est le même Sylla qui fut emprisonné par la justice mais que Conté est allé sortir de prison en personne! Cet acte a été la bougie d’allumage des troubles qui ont secoué le pays en janvier 2007.

Friendsofguinea tells us that Guinea’s President, Lansana Conté, named Mamadou Sylla as President of PUP, the ruling party of the country. It is the same Sylla who was imprisoned by the justice system but freed by Conté. This act was the spark that led to the events of January 2007 in Guinea.

La “Grande muette” se fait entendre en Guinée/ The “Big mute” made herself heard in Guinea

Après des semaines de révolte et une dizaine de morts, l’armée guinéenne va avoir ce qu’elle voulait: une augmentation de la paye de ses soldats et le renvoi des commandants de sa haute hiérarchie.

Le gagnant est le général Bailo Diallo qui deviendra nouveau ministre de la défense. Aimé de ses troupes, ce général pris sa retraite en 2005. On le rappelle après que Lansana Conté ait renvoyé son prédécesseur Arafan Camara Conté et le chef d’état-major Kerfala Camara.

Aminata.com nous dresse une liste de ceux qui sortent gagnant de cette crise: lien ici .

Lemali.fr nous parle aussi des victorieux de cette chaise musicale militaire: lien ici .

On peut rajouter que certains perdant, comme Kerfala Camara, ont l’habitude des bouleversements. En effet, en 1988, alors qu’il était chef de bataillon, Camara s’est fait écarter du pouvoir par Lansana Conté qui voulait éviter de se mettre à dos la “Grande muette capable de tout”. Près de vingt ans plus tard, on se rend compte que la recette est toujours efficace. Après avoir vu ses demandes exaucées, on peut peut-être penser que l’armée retournera dans son mutisme jusqu’à la prochaine grogne sur les salaires, comme en 1996. Donc, rendez-vous pour la prochaine crise, dans dix ans peut-être…

The BBC has a story on the Guinean army who, after weeks of rioting, has her wishes granted:

Guinea’s President Lansana Conte has sacked Defence Minister Arafan Camara and army chief Gen Kerfalla Camara, national radio has announced.

The move follows days of rioting by soldiers demanding better working conditions and the re-instatement of military leaders sacked after a coup.

General Bailo Diallo, a retired former head of Guinea’s ground forces, has been named as the new defence minister.

Six people have died in the violence in the capital Conakry and other towns.

A total of five top army commanders have been replaced.

Soldiers flooded the streets surrounding the capital’s main army base and broke out in cheers at the news of the dismissals.

“Conte has responded to an important demand of the Guinean army,” said Lt. Ibrahima Bah, one of the soldiers involved in the mutiny. “General Bailo is a high-ranking officer who is worthy of our respect. He has integrity and is responsible.”

Rioting began 10 days ago when the soldiers alleged President Lansana Conte had gone back on his pledge to increase their wages after an army mutiny in 1996.

The army has supported Mr Conte’s rule since he seized power in a bloodless coup in 1984 and keeping the military content is seen as key to his bid to stay in power.

Guinea was the scene of violent protests earlier this year as people called for the ailing president to step down.

We can add that Kerfala Camara is used to that kind of turmoil. He was tossed aside by President Lansana Conté in 1988, when he was a battalion commander. That move enabled the President to have a better control over the army by granting her wishes: pay raise and change of leadership. It seems that, almost 20 years later, the trick still works for President Conté. Like in 1996, the “big mute capable of anything” my become silent again after having what she wanted. Or maybe should we fix the next rendez-vous for a riot in 10 years, when the salaries will become an issue again…

The Army is angry in Guinea/ L’armée est en colère en Guinée

Comme le dit Sanassa Camara sur Ramatoulaye, l’armée guinéenne est une grande muette capable de tout:

Bruit de bottes dans les casernes : La maison du Général Kerfala Camara saccagée à Kindia.

Hier nuit, les guinéens se sont réveillés avec les coups de feu nourris un peu partout dans le pays. Selon les premières informations que nous avons reçues, les hommes en uniforme demandent une augmentation substantielle de salaire. Cela, suite  a la signature de l’accord sur le bulletin rouge qui, multiplie les salaires par trois.

Ainsi, à Conakry au camp Alpha Yaya Diallo, dans la grande banlieue de la capitale, des militaires incontrôlés se sont mis à tirer dans tous les sens pour revendiquer ce qu’ils appellent leur droit.

Pour l’heure, aucune déclaration officielle n’a été faite à ce sujet et aucun cas de mort n’a été signalé. Seulement, des informations concordantes en provenance de Kindia, à 130 km de Conakry, font savoir que la domicile du chef d’État major général des armées, le Général Kerfala Camara a été saccagé par des hommes en tenue.

Pour certains militaires, il serait à la source du non paiement d’une augmentation de salaire sur le papier. Il est à signaler que ce dernier est natif de cette ville qui abrite l’une des plus grandes casernes du pays, le camp Kèmè Bouréma.

Cette autre insurrection de l’armée guinéenne démontre à quel titre cet acquis est fragile. En tout cas, le premier ministre chef du gouvernement Lansana Kouyaté, doit prendre cette affaire au sérieux. Car il s’agit de la grande muette, capable de tout, puisque ayant l’arme en main. Les jours à venir, on saura plus clair sur la situation.

Ce n’est pas la première fois que l’armée se révolte pour une augmentation de paye. Elle l’a fait en 1996. Mais chaque fois, le président Conté doit surement faire des pieds et des mains pour la calmer, sachant que sans son support, il risque de perdre le pouvoir.

In Guinea, the Army is “the mute who’s capable of anything “. Riots occured in the guinean army. It is related to promised pay raises that never came. It is not the first it happens. It happened in 1996. But every time, President Lansana Conté hurries to calm the Army, knowing that without it’s support, he might loose power.

BBC:

Shooting has been heard in major cities across Guinea as soldiers demanding pay rises fired into the air.

Dozens of civilians have been injured by stray bullets.

The unrest began in the capital, Conakry, and the central city of Kindia on Wednesday night and has since spread to barracks in several other cities.

Guinea was the scene of violent protests earlier this year as people called for the country’s ailing president to step down.

The three-week general strike ended after a military crackdown and the appointment of a consensus prime minister.

Fear

The soldiers allege that President Lansana Conte has gone back on his pledge to increase their wages after an army mutiny in 1996.

They had been promised back-pay.

“We have received about 20 injured between Wednesday and Thursday… many of the injuries were gunshots in the arm, back or in the face from stray bullets,” Amidou Cisse, a doctor at the Kindia hospital, told the AP news agency.

More than 120 people died during the protests in January and February.

The BBC’s West Africa correspondent Will Ross says that although the military remained loyal to President Conte, partly as a result of a series of pay hikes, some have wondered how long the army would continue to back him.

This is the first sign of serious unrest since an interim prime minister was appointed to take over the running of government affairs.

The fear is that unless order is restored immediately, this could all too easily develop into a full-scale mutiny within the national army, our correspondent says.

 

La Guinée veut réviser ses contrats miniers/ Guinea wants to revise mining contracts

(Liens en français/ links in french)

Guinea follows Zambia, Tanzania and the DRC and wants to revise the mining contracts she has with foreign mining partners. The Canadian Alcan being among them.

La Guinée, dans la foulée de la Zambie, Tanzanie et RDC, veut réviser ses contrats miniers.

Lansana A. Camara de Nlsguinee.com:

« Dans un partenaire responsable, il y a des clauses qui prévoient que l’on se revoit que l’on n’en discute. Il ya des CA qui s’organisent. Le gouvernement est souverain. Nous n’allons pas en guerre contre les investisseurs. Bien au contraire la Guinée veut être attractive. Elle veut que les investisseurs viennent en grand nombre et investissent dans le pays qui a retrouvé une justice saine. Donc nous voulons négocier à l’amiable pour que chacun comprenne qu’il ya eu du tort qui a été fait dans une certaine mesure par notre pays et que bon, on peut redresser les torts sans tordre les bras à tout le monde, sans casser les jambes. Donc nous voulons dans la souplesse, dans la sagesse, négocier avec nos partenaires, renégocier avec eux. Et selon les échos qui nous parviennent, ils y a une ambition favorable au dialogue. Encore une fois nous ne sommes pas en guerre, nous sommes en affaire et nous sortirons gagnants –gagnants de cette opération… »

Ces quelques mots ont été prononcés par le ministre guinéen de la communication et des NTI et également porte-parole du gouvernement. C’était à issue de la sortie du tout premier conseil des ministres du gouvernement Kouyaté.

Ainsi ce conseil a passé en revue un ensemble de points sur lesquels le gouvernement compte déjà se pencher pour une satisfaction totale de tout le monde.

Tout au moins ce qu’il faut dire c’est le secteur minier guinéen à lui seul devrait être en mesure de relancer un véritable développement économique et social en guinée. Car de nos jours plus d’une dizaine d’entreprises minières sont implantées dans le pays depuis plus de 10 ans.

Or à y voir clair, rien de positif n’a été signalé dans les sites qui abritent ces sociétés. A faire un tour dans les régions, dans les préfectures ou alors dans les sous-préfectures qui abritent ces sociétés minières, la désolation se lie sur tous les visages.

La rupture entre la population et ces sociétés, l’écart entre le train de vie des habitants et les travailleurs dans ces entreprises se mesurent à l’infini.

D’autre part, assez d’autres facteurs négatifs sont aussi liés à l’implantation des sociétés dans ces différentes régions. C’est le cas par exemple de la propagation du VIH/SIDA qui atteint de nos jours un pourcentage élevé dans les zones minières. Alors que ces sociétés ne possèdent aucune politique d’aie ou d’assistance réelle aux populations de plus en plus appauvries par leurs effets de pollution…

Ici aussi, le tir doit être rectifier très rapidement pour permettre de mieux jouir de l’exploitation de leurs ressources naturelles.

Cette nouvelle suit celle annoncée par l’AFP, la veille:

Le gouvernement guinéen a annoncé mercredi soir une révision de toutes lesMines de bauxites conventions minières signées avec les sociétés qui opèrent sur son territoire pour “défendre les intérêts du pays”.

La Guinée va “réviser toutes les conventions minières s’il le faut à l’amiable ou à défaut saisir des cabinets d’avocats pour défendre les intérêts du pays”, a déclaré le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Justin Morel Junior, sur la radio télévision guinéenne.

M. Morel Junior a fait cette déclaration mercredi soir à l’issue du premier conseil des ministres du nouveau gouvernement guinéen formé le 28 mars par le nouveau Premier ministre Lansana Kouyaté, nommé le 26 février après une grève générale de 45 jours qui avait paralysé le pays.

Aucune précision supplémentaire n’a été apportée sur cette décision du gouvernement de M. Kouyaté dont la mission est de redresser la situation de ce pays d’Afrique de l’ouest de 9,4 millions d’habitants confronté à une profonde crise économique et sociale.

La Guinée dispose d’importantes richesses minières, notamment en bauxite, avec une estimation globale de 45 milliards de tonnes métriques, soit près de 2/3 des réserves mondiales.

Outre la bauxite, le sous-sol guinéen contient notamment de l’or, du diamant, du fer et du nickel.

Selon les observateurs, le gouvernement guinéen estime que les contrats qui ont été signés et révisés plusieurs fois avec les sociétés étrangères qui exploitent les richesses minières nationales ont été bradés.

Cette première réunion du gouvernement de Lansana Kouyaté s’est tenue sans le président Lansana Conté.

En 2004, les recettes de l’Etat guinéen tirées de l’exploitation minière ont été officiellement estimées à 171 milliards de francs guinéens (21,6 millions d’euros), contre 363 milliards de francs guinéens (45,9 millions d’euros) en 2005 et 112,5 millions de dollars (83,7 millions euros) en 2006.

Cette hausse des recettes s’explique par la création depuis 2004 de nouvelles compagnies minières, comme la multinationale Alcan-Alocoa.

De grandes sociétés mondiales de bauxite et diamant opèrent en Guinée, telles que les ukrainienne ACG (Alumina Company of Guinea), CBK (compagnie des bauxites de Kindia) et Rusal, l’américano-canadienne CBG (Compagnie des bauxites de Guinée) et Alcan-Alocoa.

Guinée et Togo: sinistres ressemblances/ Guinea and Togo: dark similarities

Voici un texte de Tido Brassier qui nous dresse un portrait des régimes politiques de Guinée et du Togo. On se rend compte que la dérive dictatoriale a suivi le même chemin dans les deux cas: un dictateur sanguinaire, un camp d’exécution d’opposant au régime, une population prise en otage, une économie dépendante d’une ressource ou presque.

The following text is from Tido Brassier (link in french) who gives us the portrait of Guinea’s and Togo’s political regimes. We notice they are two dictatorships who followed the same road. In both cases, you find a dictator, an execution camp for political opponents, a hostage population and an economy dependent on almost one resource:

Tido Brassier:

La guinée, ce pays de l’Afrique de l’ouest, peuplé de Malinkés, ethnie majoritaire comme les Ewés au Togo, mais dirigé par la minorité Soussou, le tout appartenant à l’ancien empire du Mali, situé entre le Fouta-Djalon et la côte atlantique, est indépendant en 1958 en rompant tout lien avec l’ancienne puissance coloniale.

Tout comme le Togo « producteur de phosphate et de dictature héréditaire », la Guinée produit de la bauxite transformée en aluminium sur place à Fria ainsi qu’une longue et interminable dictature incarnée d’abord par Ahmed Sékou Touré dès l’indépendance nationale jusqu’à sa mort en 1984 où, l’actuel dictateur, le Général Président Lansana Conté s’empara du pouvoir à vie.

La Guinée et le Togo ont connu une dictature similaire, à quelques nuances près, autrement dit, presqu’à l’égalité parfaite, ces deux pays battent le record de dictature en Afrique en devenant par la même occasion, les pays les plus corrompus en Afrique de l’ouest. Arrestations arbitraires, tortures, mauvaise gouvernance, exécutions extrajudiciaires, traques des opposants, constituent le quotidien dans ces deux pays.

En Guinée, le premier Secrétaire Générale de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) de 1964 à 1972, et plus tard Ministre de la Justice de 1972 à 1976, Boubacar Diallo Telli fut arrêté en juillet 1976 à Conakry. Mis en prison et torturé jusqu’à la mort dans sa cellule 52 du camp Boiro, sur ordre du dictateur Sékou Touré qui le soupçonnait d’être à la tête d’un complot fomenté par l’ethnie Peuhl contre l’Etat Guinéen.
Après 19 jours de torture, ce diplomate Africain d’une envergure internationale rendit l’âme le 1er mars 1977 dans les bas fonds du camp Boiro, son corps, qui fut l’objet de plusieurs prélèvements selon les témoignages d’autres détenus, fut jeté dans une fosse commune.

Selon le témoignage des codétenus de Diallo Telli, le camp Boiro, est exclusivement peuplé de prisonniers politiques, comme dans le camp d’Agombio au Togo dans les années 90, où le dictateur Eyadema faisait torturer ses opposants politiques.
Diallo Telli est décédé atrocement comme le Capitaine Paul Comlan dans le camp de la Gendarmerie nationale, après avoir été torturé et battu à mort, parce qu’il fut soupçonné de coup d’Etat.

Depuis les années 2000, la Guinée est plongée dans une situation économique et financière difficile, sa dette extérieure est équivalente à son PIB qui est 3,6 Milliards de dollars en 2003, et le solde budgétaire est de -3,3 % du même PIB (données de la Banque Mondiale en 2004)

Le programme FRPC (2001-2004), Facilité pour la Réduction de la Pauvreté et la croissance du FMI, qui devrait apporter à la Guinée de nouveaux financements, a été suspendu en décembre 2002, parce qu’elle honore de moins en moins les échéances de la dette extérieure publique.
La quasi-totalité des bailleurs de fonds dont L’Agence Française de Développement est en situation de sanction contre le Guinée dont la monnaie a été dévaluée de 25 % par rapport au dollar en 2004. Et pourtant, ce pays disposant d’un riche potentiel, c’est-à-dire un tiers des réserves mondiales de bauxite, or, diamant, fer, manganèse, zinc, cobalt, nickel, uranium, a été classé parmi les pays les plus pauvres et très endettés ( PPTE ) 160ème sur 177 : classement PNUD 2004..

La réélection du Général-Président Lasana Conté en décembre 2003, dans un contexte de boycott de l’opposition, qui a recueilli plus de 95 % des suffrages exprimés, a aggravé les tensions politiques en Guinée en rendant difficile le dialogue avec l’opposition.
L’Union Européenne, qui a suspendu le 9ème fonds européen de développement, a ouvert le 20 juillet 2004 des consultations dans le cadre de l’article 96 de l’accord de Cotonou.

Tout comme les 22 engagements du gouvernement togolais du dictateur Eyadema vis-à-vis de l’Union européenne, pour cause de déficit démocratique, le dictateur Guinéen s’engagea en 2004 à travers un Mémorandum, de garantir le respect des droits de l’homme, ainsi que l’ouverture d’un dialogue crédible avec l’opposition, la bonne gouvernance économique, la lutte contre la corruption, la rationalisation de la fonction publique, et surtout : la transparence à l’occasion des élections locales en 2005, et les élections législatives en 2007.

Mais, tout comme au Togo de la junte militaire des Gnassingbé, la pratique de la duplicité du pouvoir prévaut sur les déclarations de bonnes intentions qui ne sont jamais suivies d’effets concrètement dans la réalité des faits.

Suite à la grève générale de l’inter centrale CNTG-USTG, élargie à l’UDTG, déclenchée le 10 janvier 2007, dont le bilan officiel de source policière guinéenne est de 35 morts et 155 blessés (dont 22 morts et 103 blessés à Conakry), le gouvernement a ouvert des négociations avec les syndicalistes : il en ressort entre autre, de la nomination d’un premier ministre qui interviendra dans les prochains jours.
Un premier ministre dont l’action sera la lutte contre la corruption et le détournement des deniers publics, et qui veillera également au respect de la séparation des pouvoirs, bref, la justice ne sera plus aux ordres de la junte militaire guinéenne comme auparavant ! ! ! Et les prédateurs de l’économie nationale seront poursuivis.

Le nouveau premier ministre devra en priorité, prendre des mesures concrètes pour soutenir le pouvoir d’achat par la réduction du prix du carburant à la pompe dès le 1er février 2007, l’interdiction d’exportation des denrées alimentaires dont les produits agricoles, vivriers, forestiers, de l’élevage, et du carburant.
Il sera également question du relèvement des pensions, la réduction du prix du riz, et la mise en place d’une commission paritaire chargée du suivi de l’évolution du prix du riz sur le marché international en vue d’éventuels réajustements sur le marché guinéen.

Voilà en somme des mesures intéressantes allant dans le sens de l’apaisement général, mais au Togo comme en Guinée, l’usage excessif et disproportionné des méthodes brutales par les forces de l’ordre et de sécurité à l’endroit des populations aux mains nues, laissent craindre le pire dans ces deux pays sous tensions politiques.
Le rôle joué par les forces armées guinéennes, avec la participation active du fils du dictateur, le capitaine Ousmane Conté à la tête des éléments de la gendarmerie nationale au cours de cette répression sanglante à balles réelles contre des jets de pierres des manifestants pour la plupart des jeunes de 30 ans, a fait 59 morts au total en 18 jours de grève selon d’autres sources variées.
Cela démontre également l’intransigeance du dictateur en voie de disparition, affaibli par la maladie, mais qui s’accroche à un pouvoir qui finira par lui échapper dans les mois qui viennent. Au Togo comme en Guinée, le pouvoir est malheureusement une affaire de famille élargie au clan.”

Guinée: Kouyaté forme son premier gouvernement/ Guinea: Kouyaté makes up his first government

Une dépêche de Panapress nous indique que Lansana Kouyaté, nouveau premier ministre de Guinée, forme enfin son premier gouvernement. La population demeure prudente et semble attendre qu’il fasse ses preuves:

A Panapress news item (link in french) tells us that Lansana Kouyaté, the new Prime minister of Guinea,  finally made up his government. The population is still cautious and seems to wait that he demonstrates his efficiency:

 Après l’avoir attendu plus d’un mois durant, les Guinéens ont accueilli, mercredi soir, sur les ondes de la Radio télévision guinéenne (RTG), la formation du premier gouvernement du Premier ministre Lansana Kouyaté, avec certes un réel soulagement, mais aussi avec beaucoup d’interrogations teintées d’un certain scepticisme.

Il n’ y a pas eu de manifestations de joie à Conakry la frondeuse, à la notable exception d’une caravane sonore, qui a fait le tour du centre-ville, pour célébrer la nomination au poste de ministre de la Jeunesse et des sports de M. Haribot, un enfant des quartiers populaires de la capitale, cadre à la Banque centrale de la République de Guinée, et louer le président Lansana Conté à cet effet.

La “mamaya”, manifestation populaire traditionnelle en pays soussou et malinké, n’a visiblement pas été du goût de tout le monde, notamment d’un groupe de jeunes qui l’ont signifié, en termes bien sentis, à la joyeuse bande qui ne s’est pas attardée sur les lieux, où elle avait convoyé le nouveau ministre, qui avait parcouru à pied la distance séparant son domicile de la banque !

Si les deux centrales syndicales qui ont piloté le mouvement de grève ont rapidement réagi, pour se féliciter de la formation de la nouvelle équipe où leurs représentants occupent les portefeuilles de la Fonction publique et de l’Education nationale, rares étaient les hommes politiques, du camp présidentiel ou de l’opposition, qui se sont prononcés à chaud sur l’événement qui, depuis vingt quatre heures, focalise l’attention de tous leurs compatriotes.

Seuls l’ancien Premier ministre Sydia Touré, qui s’est exprimé sur les ondes d’une radio étrangère, et le professeur Alpha Condé, l’opposant historique, leader du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG), qui s’est confié à la PANA à Conakry, se sont dit confiants tout en déclarant qu’ils attendaient de voir la nouvelle équipe à l’oeuvre avant de porter le moindre jugement.

Hormis les arrières-pensées, ce sentiment devrait être partagé par l’ensemble de la classe politique guinéenne, y compris la direction du Parti de l’unité et du progrès (PUP), la formation présidentielle, principale victime de cette redistribution des cartes qui s’est faite au détriment de tous ses poids lourds et autres barons qui, plus de deux décennies durant, avaient occupé le devant de la scène politique.

Bref, tout le monde s’accorde à reconnaître que la nouvelle équipe, tous des néophytes qui n’ont jamais exercé de responsabilités ministérielles, est relativement équilibrée, avec un savant dosage ethnique et régional, élément important dans un pays susceptible d’être en proie aux tensions ethnicistes ou régionalistes.

L’on retiendra aussi, qu’aucun de la trentaine de ministres du précédent gouvernement n’a été reconduit, au grand dam du parti majoritaire qui s’était battu bec et ongles pour conserver quelques dinosaures à des postes qualifiés de “stratégiques”.

Les partis d’opposition, n’ont pas non plus été à la fête. Ils ne peuvent se prévaloir d’aucun représentant dans un gouvernement composé uniquement de techniciens dont un militaire, en la personne du général Arafang Camara, chef d’état-major adjoint des Forces armées nationales de Guinée.

Ce dernier, assure-t-on dans certains milieux de la capitale, avait joué un rôle de modérateur dans la sanglante répression des émeutes de janvier et février derniers.

Pourtant des critiques se font jour. Qui visent tel ou tel ministre, soupçonné, à tort ou à raison, d’avoir partie liée avec l’entourage du président Conté, et se concentrent, pour l’essentiel, sur la faible représentation des femmes (seulement trois sur vingt deux) et sur l’âge (relativement avancé de la plupart des membres de l’équipe, dont certains sont sexagénaires).

Ces critiques émanent surtout des jeunes, et particulièrement des étudiants, qui misaient sur un rajeunissement du nouveau gouvernement.

Mais L’homme de la rue semble habité par un étrange sentiment d’insatisfaction. C’est ce qui explique certainement l’espèce de retenue qu’affichent beaucoup d’habitants de la capitale, tous milieux social et politique confondus.

Ils pourraient rapidement se complaire dans un certain attentisme, né des incertitudes quant à l’avenir de la nouvelle équipe, face à une éventuelle tentative de reprise en main du chef de l’Etat dont beaucoup de ses compatriotes doutent qu’il ait définitivement renoncé à restaurer ses exorbitantes prérogatives.

Le fait avoir été obligé de descendre, à deux reprises, dans la rue, pour cause de promesses non tenues ou du fait de la mauvaise volonté du général-président, explique peut-être la prudence du citoyen lambda qui semble accepter difficilement l’idée que les jeux sont définitivement faits, et que la mobilisation populaire a eu finalement raison de l’obstination d’un homme à vouloir garder son pouvoir intact.

Pirates fishing in West Africa/ Pêcheurs pirates en Afrique de l’Ouest

L’Afrique de l’ouest est depuis longtemps victime de pirates des mers. Ces derniers sont attirés par les côtes poissonneuses de Guinée, de Sierra Leone ou du Libéria. Ces États sont incapables d’assurer une surveillance adéquate de leur facade maritime permettant à d’innombrables pêcheurs illégaux de piller les ressources halieutiques laissant les pêcheurs locaux devant des zones de pêche mortes.

En Guinée, c’est 100 millions de dollars US par année qui disparaissent dans les filets de navires de pêches illégaux provenant, la plupart du temps, d’Europe. (Les pertes pour la Sierra Leon et le Libéria sont estimées respectivement à 29 et 10 millions).

La Guinée possède la plus grande plateforme continentale de la région (56000 km2) mais dispose seulement de 5 bateaux patrouilleurs, dont quelques uns sont inopérants à cause du manque d’argent pour les entretenir… Les pirates s’en donc donnent à coeur joie.

Selon Greenpeace:

Il n’y a pas que les stocks de poissons qui souffrent de ce commerce illégal et non réglementé: l’environnement marin entier est en danger si les pirates persistent dans leurs méthodes de pêche. De larges filets raclent les fonds marins, détruisant au passage les milieux de reproduction et d’alimentation de la vie marine. Les prises indésirables piégées dans les filets, appelées ‘prises accessoires’, sont rejetées à la mer mortes ou mourantes. Elles pourraient pourtant nourrir de nombreuses communautés côtières.

Pour Greenpeace, c’est la demande mondiale, et notamment européenne, en poissons des mers chaudes qui est en constante croissance qui pousse à ce genre d’activité

Greenpeace a un bateau de surveillance, “l’Esperanza “, qui écume les mers d’Afrique et est témoin des agissements des pillards. L’organisation a ainsi remarqué (lien en anglais) qu’un groupe très organisé agit à partir de Las Palmas, aux îles Canaries (Espagne). Pour éviter la détection, ils s’y prennent à plusieurs bateaux faisant des transbordements en pleine mer. Ainsi, le bateau qui rentre au port européen n’est pas celui qui a causé le délit, bien qu’y étant associé. Il est donc difficile aux autorités européennes de retracer l’origine du poisson qui sera écoulé sur les marchés d’Europe.

C’est l’équivalent du tiers des exportations africaines de poisson qui est piraté ainsi.

Vous pouvez télécharger ici un document (format pdf – en anglais) qui donne les détails de ce pillage.

Pirate vessel in Guinea

West Africa has been the target of pirates for a long time. They are now attracted by the waters, full of fish, of Guinea, Sierra Leone and Liberia. These States are unable to adequately survey their coasts allowing numerous illegal fishboats to plunder the halieutic resources and leave the local fishermen in front of empty waters.

In Guinea, 110 millions dollars are lost every year in the nets of the pirates which usually come from Europe (the losses for Sierra Leone and Liberia are respectively 29 and 10 millions).

According to the Environmental Justice Foundation, in the case of Guinea:

fisheries monitoring and enforcement authorities lack the resources to properly defend Guinea’s 320 km coastline from IUU fishing. Despite possessing the largest continental shelf area of Atlantic Africa (56,000 km2), Guinea relies on just five inshore patrol boats to protect its waters and several of these are inactive due to a severe lack of funds.

  • Note: IUU stands for “Illegal, unreported and unregulated”.

For Greenpeace:

One of the main driving forces behind pirate fishing is a growing and often indiscriminate demand for seafood in the EU and other major markets . Consumers and retailers expect an increasing variety of fish and shellfish all year round and at a reasonable price, in spite of the fact that marine resources are in sharp decline worldwide.

also:

The whole marine environment is at risk from the way the fishing pirates operate. Nets scour the bottom of the ocean, laying waste to everything in their path, wiping out feeding and breeding grounds. Unwanted catch, snared in the same nets, is thrown overboard dead or dying as by-catch, despite still being suitable food for coastal communities.

Greepeace has a boat called the “Esperanza”, that patrols the african waters and is a witness of the drama. The organization noticed that a group of organized pirates have a base in Las Palmas, in the Canary Islands (Spain):Las Palmas, a pirate fishboats hub

Las Palmas de Gran Canaria is a major Port of Convenience, providing services to IUU fleets operating off the coast of West Africa, and hosting a number of companies that operate IUU vessels. It also serves as a gateway through which illegally caught fish can enter onto the huge EU market: from Las Palmas it can be transported anywhere within the EU with virtually no further inspection as to its origin.

And the pirates know all the tricks to avoid getting cought:

Changes in vessel name and flag are common and some vessels even have dual identities – using one name or flag while fishing in West Africa and a different one when using port facilities and landing catches. For many vessels spotted in the region, there is no information available whatsoever in the public domain.

Another activity that appears to be on the rise is the transshipment of catches to another vessel whilst at sea, rather than directly offloading in ports. This serves to conceal any connection between the fish and the vessel by the time the fish arrives on the market, meaning the true origin of the catch is unknown. Transshipping and re-supplying at sea also allow pirate vessels to stay at sea and continue to catch fish rather than transit to port when their holds are full, where they could be confronted with port inspections or control of their activities.

About the equivalent of a third of Africa’s fishing export is gone through this illegal activity.

You can download a document here (pdf); it gives more details on illegal fishing in West Africa.

La Guinée toujours en vie/ Guinea still alive

Après les grèves générales et les émeutes en Guinée, Lansana Conté a décidé de nommer un premier ministre de consensus: Lansana Kouyaté (voir photo plus bas). Chris Talbot du World Socialist Web Site (en anglais) nous fait un excellent rappel des événements des derniers mois ainsi que des enjeux à venir. On peut remarquer que la situation en Guinée n’aura pas freiner les élans d’entreprises minières étrangères comme Alcoa, Alcan et BHP Billiton qui y investissent des milliards de dollars.

Lansana Kouyate After the general strike and the protests in Guinea, Lansana Conté decided to name a prime minister accepted by all: Lansana Kouyaté(see picture on left – link in french). Chris Talbot from the World Socialist Web Site gives us a good recap of the recent events that occurred in Guinea and also the issues at stakes. We noticed that the Guinean situation hasn’t stopped the foreign mining companies like Alcoa, Alcan and BHP Billiton to invest billions of dollars in the country.

Le Nigéria envoie une mission de paix en Guinée/ Nigeria sends a peace mission in Guinea.

Nous venons d’apprendre que le Nigéria, à la demande de la CEDEAO et de l’Union Africaine, aurait envoyé un de ses anciens présidents, Ibrahim Babangida (président du Nigéria de 1985 à 1993), comme envoyé spécial en Guinée pour y désamorcer la crise que nous avons décrite ici dans un article précédent. La décision du Nigéria aurait été prise le 16 février dernier.

We just learned that Nigeria, under the ECOWAS and African Union requests, had sent the former president Ibrahim Babangida (he was Nigeria’s president between 1985 and 1993), as a special envoy to Guinea in order to settle the crisis we described in a previous article. This decision was taken on February 16th.